Communication et connaissance de soi
Feedback : trop direct pour les uns, trop prudent pour les autres
Un chef de projet dit à deux collaborateurs, à une semaine d’intervalle : « ton rapport n’était pas au niveau ». Le premier hausse les épaules, demande ce qui manquait et corrige. La seconde est bouleversée pendant plusieurs jours et envisage de demander un changement d’équipe.
Le chef de projet en conclut que la seconde est trop sensible. Il se trompe de diagnostic. Sa phrase ne contenait aucun fait, et chacun y a mis ce qu’il craignait d’entendre.
Deux cultures du retour
Dans une même équipe cohabitent des personnes pour qui un retour direct est une marque de respect, et d’autres pour qui un retour négatif se formule avec précaution, voire en privé et par étapes. Ces écarts tiennent à l’éducation, aux employeurs précédents, à la langue de travail et au tempérament, bien plus qu’à une origine géographique.
Le manager qui cherche le « bon ton moyen » échoue presque toujours : trop direct pour les uns, trop enrobé pour les autres.
Des faits plutôt qu’un ton
La sortie de ce dilemme est de déplacer le feedback du jugement vers l’observation. Un retour efficace comporte trois éléments :
- le fait : ce qui a été dit, fait ou produit, de manière vérifiable ;
- l’effet : la conséquence concrète sur le travail, le client ou l’équipe ;
- l’attente : ce qui est demandé pour la suite.
« Le rapport ne contenait pas les chiffres du troisième trimestre, et le client a dû les redemander ; pour le prochain, j’aimerais que tu vérifies la liste avant l’envoi » est compris de la même manière par un interlocuteur direct et par un interlocuteur réservé. Il n’y a rien à interpréter.
C’est la méthode que nous travaillons dans Connaissance de soi et communication positive.
Ne pas tout adoucir
La tentation inverse est d’édulcorer le message jusqu’à ce qu’il ne dérange plus personne. Un retour négatif enveloppé dans deux compliments et une formule conditionnelle n’est souvent pas perçu comme un retour du tout. Le collaborateur repart rassuré, et le problème revient.
Être respectueux ne signifie pas être vague. Cela signifie parler du travail et non de la personne, en privé, et au moment où le retour est encore utile.
Quand le feedback dégénère
Il arrive qu’un feedback, même bien formulé, déclenche un conflit ouvert. C’est souvent le signe d’une tension plus ancienne, que le retour n’a fait que rendre visible. Dans ce cas, insister sur le fait initial ne suffit plus : il faut traiter la relation elle-même, ce qui relève de la gestion des conflits.
Certains profils rendent l’exercice particulièrement délicat, qu’ils contestent systématiquement ou qu’ils se ferment au moindre retour. Nous abordons ces situations dans Connaissance de soi et communication positive.
Questions fréquentes
Faut-il adapter son feedback à chaque collaborateur ?
La forme, oui : le moment, le lieu, le degré de formalité. Le fond, non. Un fait reste un fait, et l'effet d'un comportement sur le travail de l'équipe doit être dit clairement à tout le monde. Adapter le fond selon la personne crée des inégalités que l'équipe finit toujours par remarquer.
Comment réagir quand un collaborateur se sent attaqué ?
Revenir aux faits, sans reculer sur le message. Reformulez ce que la personne a compris, distinguez le comportement dont vous parlez de ce qu'elle est, et demandez-lui sa lecture de la situation. Le plus souvent, la réaction vive vient d'un jugement perçu plutôt que du fait évoqué.
Et quand c'est le collaborateur qui donne un feedback au manager ?
Le même principe s'applique dans l'autre sens, et le manager donne l'exemple. Remercier pour le retour, reformuler, demander un exemple précis et dire ce que l'on va en faire montre à l'équipe que le feedback est réellement le bienvenu. Se justifier immédiatement produit l'effet inverse.
Se former sur ce sujet

Communication et connaissance de soi
Connaissance de soi et communication positive
Comprendre pourquoi vous communiquez comme vous le faites avant d'essayer de changer quoi que ce soit. Deux jours : un test Ennéagramme pour situer son fonctionnement, puis des techniques concrètes pour demander, refuser et reprocher sans agresser.
